Yann Chevalier, CEO d'Intersec, était invité par Revaia à débattre de l'avenir du logiciel dans un monde dominé par l'IA. Voici les grandes lignes de sa prise de position.
YC : Pas vraiment. La question centrale est ailleurs : comment construire des avantages compétitifs durables dans ce secteur ? Sur ce point, la réponse n'a pas fondamentalement changé. Tant qu'une entreprise est capable d'identifier clairement ses atouts et de les renforcer continûment, elle reste différenciante. Ce qui évolue, c'est la nature de ces différenciateurs – des différenciateurs peu attaquables par l’IA sont importants.
Pour Intersec, la transition clé est celle qui nous fait passer du statut d'éditeur logiciel à celui d'infrastructure critique. Cela repose sur quatre piliers :
YC : C'est une partie de la réponse, mais elle ne suffit pas à décrire la réalité. L'IA fait effectivement baisser les coûts de développement, et c'est une bonne nouvelle. C'est un phénomène déflationniste qui libère des capacités d'investissement et permet aux équipes d'atteindre leurs objectifs plus efficacement.
Mais réduire les coûts de développement ne redistribue pas les positions concurrentielles. Tous les acteurs bénéficient de la même dynamique. Il n'y a pas de rupture d'équilibre dans la compétition. Chez Intersec, nous ne nous sentons pas particulièrement exposés. Au contraire, nous y voyons une opportunité d'accélérer sur ce que nous maîtrisons déjà.
YC : C'est avant tout une question de géographie et de secteur. Dans les marchés matures, l'IA ne change pas fondamentalement la donne tant que son impact n'est pas précisément quantifié (façon « business case »), car les décideurs restent guidés par le retour sur investissement. En revanche, dans des marchés émergents (qui disposent de moins de ressources humaines pour exploiter une solution) ou particulièrement réceptifs à l'innovation (le Moyen-Orient par exemple) les fonctionnalités IA se banalisent rapidement, et leur intégration devient un levier de valorisation directe de l'offre. Ce n'est pas un modèle universel, c'est profondément contextuel.
YC : Ce n'est clairement pas neutre. Depuis six à neuf mois, nos concurrents américains sont beaucoup moins présents sur nos marchés, sauf en Europe, paradoxalement, où ils maintiennent une présence forte. C'est une dynamique que nous observons avec attention. Sur le fond, nous avons encore un potentiel de croissance organique très significatif. D'ici trois à cinq ans, nos solutions ont vocation à équiper de nombreux pays qui accusent encore un retard réel, sur la géolocalisation des appels d'urgence comme sur les systèmes d'alerte à la population. Nous examinons également des opportunités d'acquisition, mais elles restent complémentaires à notre trajectoire. Notre moteur principal demeure la croissance organique, portée par une expertise sectorielle que l'IA ne saurait reproduire à court terme.
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