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Software à l'ère de l'IA : Ce qui change vraiment, et ce qui ne change pas

Rédigé par L’équipe éditoriale | 7 juil. 2026 08:22:48

Yann Chevalier, CEO d'Intersec, était invité par Revaia à débattre de l'avenir du logiciel dans un monde dominé par l'IA. Voici les grandes lignes de sa prise de position.

 

On parle beaucoup de la menace que l'IA fait peser sur les éditeurs de logiciels. Est-ce vraiment la bonne question ?

YC : Pas vraiment. La question centrale est ailleurs : comment construire des avantages compétitifs durables dans ce secteur ? Sur ce point, la réponse n'a pas fondamentalement changé. Tant qu'une entreprise est capable d'identifier clairement ses atouts et de les renforcer continûment, elle reste différenciante. Ce qui évolue, c'est la nature de ces différenciateurs – des différenciateurs peu attaquables par l’IA sont importants.

Pour Intersec, la transition clé est celle qui nous fait passer du statut d'éditeur logiciel à celui d'infrastructure critique. Cela repose sur quatre piliers :

  • la souveraineté et la confiance que nos clients placent en nous et sur ce point, l'IA n’y change pas grand-chose
  • notre expérience éprouvée sur des cas d'usage déployés dans de nombreux pays, y compris dans des secteurs hautement réglementés que sont les télécommunications et les autorités publiques
  • notre différenciation technique avec une technologie qui est l’aboutissement d’environ 1 000 hommes années de développement, car même avec une armée d'agents IA, l'excellence en ingénierie reste déterminante
  • et enfin notre capacité à maintenir une longueur d’avance sur l'innovation produit, en étant systématiquement les premiers à introduire les usages qui comptent vraiment pour nos clients, de l'assistant IA aux fonctionnalités métiers les plus avancées

 

La chute des barrières à l'entrée côté développement ne fait-elle pas basculer la valeur vers le go-to-market, la distribution, la réputation ?

YC : C'est une partie de la réponse, mais elle ne suffit pas à décrire la réalité. L'IA fait effectivement baisser les coûts de développement, et c'est une bonne nouvelle. C'est un phénomène déflationniste qui libère des capacités d'investissement et permet aux équipes d'atteindre leurs objectifs plus efficacement.

Mais réduire les coûts de développement ne redistribue pas les positions concurrentielles. Tous les acteurs bénéficient de la même dynamique. Il n'y a pas de rupture d'équilibre dans la compétition. Chez Intersec, nous ne nous sentons pas particulièrement exposés. Au contraire, nous y voyons une opportunité d'accélérer sur ce que nous maîtrisons déjà.

 

Sur le modèle de revenus : l'IA remet-elle en question la façon dont vous valorisez votre offre ?

YC : C'est avant tout une question de géographie et de secteur. Dans les marchés matures, l'IA ne change pas fondamentalement la donne tant que son impact n'est pas précisément quantifié (façon « business case »), car les décideurs restent guidés par le retour sur investissement. En revanche, dans des marchés émergents (qui disposent de moins de ressources humaines pour exploiter une solution) ou particulièrement réceptifs à l'innovation (le Moyen-Orient par exemple) les fonctionnalités IA se banalisent rapidement, et leur intégration devient un levier de valorisation directe de l'offre. Ce n'est pas un modèle universel, c'est profondément contextuel.

 

Être une entreprise technologique européenne aujourd'hui, c'est un handicap, un avantage, ou c’est neutre ?

YC : Ce n'est clairement pas neutre. Depuis six à neuf mois, nos concurrents américains sont beaucoup moins présents sur nos marchés, sauf en Europe, paradoxalement, où ils maintiennent une présence forte. C'est une dynamique que nous observons avec attention. Sur le fond, nous avons encore un potentiel de croissance organique très significatif. D'ici trois à cinq ans, nos solutions ont vocation à équiper de nombreux pays qui accusent encore un retard réel, sur la géolocalisation des appels d'urgence comme sur les systèmes d'alerte à la population. Nous examinons également des opportunités d'acquisition, mais elles restent complémentaires à notre trajectoire. Notre moteur principal demeure la croissance organique, portée par une expertise sectorielle que l'IA ne saurait reproduire à court terme.

Crédits photo : © Hermance Triay